vendredi 9 décembre 2016

Petra von Kant, quand Nauzyciel tire sa révérence

Après neuf années passées à la direction du Centre Dramatique National d’Orléans, et avant de rejoindre celui de Rennes au 1er janvier, Arthur Nauzyciel nous donne à voir en ce mois de décembre, « Les larmes amères de Petra von Kant », pièce de Rainer Fassbinder, qu’il a créée l’année passée, invité en Slovénie par le Mini Teater de Ljubljana.

Le dramaturge allemand a écrit sa pièce en 1971, puis l’a portée à l’écran l’année suivante. Elle met en scène une femme, Petra, créatrice de mode. Viendront successivement sur le plateau, Sidonie une amie à qui elle conte sa relation avec son ex-mari qu’elle avait fini par haïr dans ses moindres gestes. Puis Karine, introduite par Sidonie, mariée, qui devient l’amante de Petra, avant de la rejeter dédaigneusement (on imagine en 1972, les réactions en Allemagne). Enfin surviennent la fille de Petra qui ne comprend plus sa maman, et la mère de Petra. Quant au personnage de Marlène, sorte de bonne de Petra, elle erre sur le plateau, silencieuse, écoutant les unes et les autres, sorte de miroir sur lequel chacune des 5 femmes vient porter son empreinte, elle sera celle vers qui se tournera Petra, seule et abandonnée.

Six femmes donc sur le plateau, habillées par le créateur de mode, Gaspard Yurkievich, talons hauts et robes ravissantes, Pietra  magnifique dans une robe longue. Un plateau sans profondeur, une moquette blanche, un fauteuil à gauche, et un immense panneau représentant les traits du visage de Petra.

La mise en scène de Nauzyciel est minimaliste, les gestes sont rares, d’une grande élégance lorsqu’ils existent, tel celui de Petra souffletant une poussière descendant du plafond. La parole est fine, duveteuse, parfois réduite à un simple filet.

L’appartement où se joue l’intrigue appartient au monde des arts, tout comme Petra. Mais on aurait tort d’y voir autopsiée une simple vie d’artiste de mode. La pièce de Fassbinder va beaucoup plus loin, à coup de métaphores. L’ex-mari haï et rejeté, la tentative avortée de créer un couple lesbien, la bonne réduite au rôle de cafetière qui devient la confidente : il ne me semble pas interdit d’y voir dans tout cela, l’histoire de l’Allemagne des années 30 aux années 70, du nazisme à l’existence d’un pays coupé en deux, entre capitalisme financier et socialisme étatisé, qui ne parviendra que plus tard à s’aimer. Alors, si on adopte ce point de vue, on peut aussitôt penser au film de Helma Sanders-Brahms, « Allemagne, mère blafarde ».

La pièce est évidemment en langue slovène, surtitrée en français. Les comédiennes semblent ravies de venir jouer en France. Mention toute particulière pour l’actrice principale qui tient le rôle de Petra, d’une élégance rare et d’une grande beauté.

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